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Rapport d’activité 2011 - Microfinance, entreprises et création d’emplois

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Faits marquants de l’année 2011 

En 2010, le département a démarré formellement son nouveau Plan d’Orientation Stratégique (POS) pour 2010-2014. Ce Plan part d’un diagnostic de l’évolution du secteur et fixe une ligne de conduite pour le département, avec pour objectif de s’adapter à son nouvel environnement changeant, rester pertinent aux besoins des populations démunies et se positionner dans un secteur devenu très compétitif compte-tenu de l’arrivée de nombreux nouveaux acteurs du Nord et du Sud. C’est ce plan qui fixe le cap et guide les actions.

2011 a été une année de transition pour le département, qui a vu de nombreux projets et programmes s’achever et de nouveaux projets et programmes (ou nouvelles phases) émerger, en formulation ou en montage et négociation.

Sur les neuf programmes du département, six sont arrivés à leur terme en 2011 : les trois projets d’Afrique de l’Est (Ethiopie, Kenya et Tanzanie), les projets du Tchad (Nord Guéra), du Togo et du Nord Cameroun (Institution de Crédit Solidaire, ICS Maroua Garoua). Simultanément, les trois autres programmes étaient à leur lancement, avec des équipes et une assistance technique à pourvoir et mettre en place ainsi que leur manuel des opérations à définir et mettre au point, puisqu’il s’agissait de nouveaux projets innovants : Cameroun EMF, Ghana OVCF (Outgrower Value Chain Fund) et Madagascar Centre de Ressources. Les défis étaient nombreux et multidimensionnels.

Sur le plan organisationnel, en phase avec le Pacte Managérial, le département a préparé la mise en place de la Coordination Régionale de l’Afrique de l’Est, en étudiant le contexte et ses enjeux pour le secteur de la microfinance rurale, en en définissant en conséquence son positionnement stratégique (une note stratégique a été élaborée), en élaborant son plan d’affaires et les implications opérationnelles et financières. Ce travail collectif sur la Coordination Régionale a été essentiel dans la progression du département dans la détermination des conditions de succès et de pérennité d’une telle démarche fondatrice de décentralisation, à la fois organisationnelle et de répartition des lieux de décisions.

Malgré ces enjeux et ces défis, 2011 a été très riche en percée sur le plan des processus et du management des connaissances.

Deux projets ont fait l’objet d’évaluation externe en novembre : le Tchad Nord Guéra et la Tanzanie Facilité Alimentaire, où les objectifs et performances ont été largement atteints, tant sur un plan quantitatif (portée, encours) que sur le plan qualitatif (nouveaux produits, nouvelle clientèle). Ces deux projets sont aussi considérés comme des modèles de réussite de microfinance rurale dans leurs pays respectifs.

Deux projets ont procédé à une évaluation accompagnée en performance sociale, en analyse de satisfaction de clients et en suivi d’impact : au Kenya, chez WPS, en janvier, et au Cameroun, chez ICS Maroua Garoua, en mars-avril. Les résultats ont aussi été satisfaisants, notamment dus aux actions d’éducation financière et de renforcement des capacités de la gouvernance des groupes informels que ces deux IMF ont mis en œuvre auprès des femmes démunies qu’elles servaient.

Trois compétences nouvelles et essentielles, développées depuis cinq années en Afrique de l’Est, ont fait l’objet de capitalisation aussi bien sur le plan de la méthodologie que des outils utilisés : (i) financement de chaînes de valeur agricoles, (ii) extension efficiente en zones rurales reculées et (iii) modernisation de coopératives d’épargne et de crédit. Ces capitalisations ont permis de construire la base de savoirs du département qui, à son tour, a permis de former les nouveaux collaborateurs qui ont rejoint le département, de développer plus efficacement des propositions pointues lors de réponse à Appel d’Offres/à Projets et aussi de communiquer la nouvelle offre technique du CIDR vis-à-vis d’anciens bailleurs que le département veut sensibiliser (KFW) et de nouveaux bailleurs régionaux thématiques (Banque Mondiale, AGRA).

Un film a été réalisé sur le thème du financement rural et du financement des chaînes de valeur agricole en Tanzanie, sur financement Commission Européenne/Facilité Alimentaire et AFD/DPO. Il a servi de support à la présentation du POS du CIDR en Tanzanie en décembre 2011. Sur place, il a été projeté à plusieurs reprises sur diverses chaînes locales afin de faire connaître les produits financiers du partenaire national du programme PRIDE Tanzania Rural Finance Window (RFW).

Enfin, le département, aux côtés de PAMIGA (Groupe Microfinance Participatif pour l’Afrique), a œuvré au développement d’un partenariat stratégique avec BASIX India, dans le cadre de la promotion d’un nouveau concept de Coopération Sud-Nord-Sud (Asie–Europe-Afrique). Ce partenariat a pour objectif la promotion des « moyens d’existence » (livelihood) des populations pauvres en Afrique sub-saharienne, approche holistique développée en Asie du Sud et plus particulièrement en Inde et d’inspiration gandhienne. Les actions sur le terrain s’appuieront sur des écoles de livelihood, des projets et programmes spécifiques dans des pays et des travaux de recherche-action conduits avec des universitaires et des académiques. Des contacts pour mobiliser des ressources d’amorçage ont été pris avec des bailleurs intéressés par une telle innovation (SDC, Fondation FORD, UNCDF). Un atelier de formulation a été organisé à Berne en fin d’année pour définir collectivement un premier document conceptuel, support à une demande de financement auprès de la SDC pour une phase pilote de cinq à six ans. Le département et son partenaire MIFED ont aussi participé à quatre missions de formulation de propositions à Microlead 2 (facilité de 23 M $, financée par Mastercard Foundation et cofinancée et gérée par UNCDF) : Rwanda, Tanzanie, Ghana et Cameroun.

Le nouveau modèle économique de la Coordination Régionale Afrique de l’Est, l’avancée concrète de chantiers de management de connaissances sur des thèmes porteurs et le partenariat stratégique avec BASIX India sont indéniablement les trois piliers de la refondation du département des prochaines années.

Evolution du contexte dans le secteur et les pays d’intervention 

Le secteur de la microfinance a connu une année particulièrement perturbée en 2011.

Les différentes crises, en Inde, au Bangladesh, au Maroc, en Bosnie et au Nicaragua, souvent dues à des croissances de portefeuille de crédits spectaculaires mal maîtrisées, entraînant des emprunts multiples chez des clients vulnérables et aboutissant à des situations de surendettements, surtout en zones urbaines, ont fini par ternir l’image très positive du microcrédit, panacée de la lutte contre la pauvreté.

La difficulté à prouver l’impact positif sur les clients, qui était précédemment donné comme une évidence avec la croissance des volumes de prêts, corroboré par des études quantitatives réalisées par des instituts prestigieux (MIT, HARVARD), sur la base d’échantillon aléatoire, mais à spectre limité (quel produit pour quel client), fragilise encore davantage le secteur.

Les médias ont continué à colporter les scandales à coup d’histoires tout aussi spectaculaires qu’anecdotiques et isolées, surfant sur un fond de crise financière et une image dégradée du secteur bancaire.

Le secteur du microcrédit a subi, pendant toute l’année 2011, les retombées de ce retour de boomerang. Les investisseurs, sentant venir les défauts de paiements et de potentielles faillites, se méfient et se réservent. Les bailleurs, craignant pour leur image, commencent aussi à discrètement regarder ailleurs. L’argent devient rare et difficile à obtenir et cela se répercute sur les IMF, qui voient la qualité de leur portefeuille se dégrader ou, dans le meilleur des cas, une stagnation voire une récession. L’année n’a donc pas été bonne pour l’inclusion financière.

La crise du microcrédit cumulée avec la crise économique mondiale (qui dure depuis 2008-2009) constituent des menaces sérieuses pour la paix sociale et le développement dans les pays du Sud en général et en Afrique sub-saharienne en particulier, région encore très dépendante de l’aide publique au développement provenant de l’Europe et des USA. Fort heureusement, profitant de l’essoufflement des APD du Nord, les pays émergents du Sud ont significativement progressé dans leurs engagements vis-à-vis de l’Afrique. La Chine et l’Inde, tour à tour, ont promis à l’Union Africaine leur assistance financière et technique. La coopération Sud-Sud, avec la montée du G20, devient un concept que tous les acteurs observent avec intérêt et que certains voudraient soutenir comme un modèle de coopération au développement de demain, pourvu que l’on puisse l’influencer positivement dans un sens d’éthique et d’équilibre.

Dans cet environnement, la crise du microcrédit en Inde (Andra Pradesh) et la volonté d’acteurs indiens gouvernementaux et privés de jouer un rôle plus actif dans la promotion de ce secteur en Afrique prennent un relief particulier. L’Etat indien a jusqu’à une période récente été omniprésent dans le financement du développement rural et agricole au travers de sa banque nationale agricole, NABARD, qui a promu le fameux modèle de « Linkage Banking » avec le mouvement des Self-Help Groups, largement subventionné et encadré. A côté de l’Etat, un secteur de microcrédit privé plus ou moins lucratif s’est aussi développé sur une base professionnelle et prônant l’entrepreneuriat, la rentabilité étant perçue comme son moyen d’action, d’initiative et de pérennité. BASIX India et son approche de livelihood promotion font partie de la seconde mouvance, tout en ayant toujours, avec un autre grand mouvement indien, SEWA (Self Employed Women Association), fait entendre leur petite musique de différence (gandhienne). Au fond, il s’agira de définir le modèle ou l’approche que cette nouvelle coopération au développement véhiculera sur le continent africain, le degré d’adaptation de ces modèles/approches aux réalités de l’Afrique rurale et en quoi ceci impactera les politiques publiques en matière de promotion, réglementation et supervision des IMF.

Enfin, d’ordre général, si l’étoile du microcrédit se ternit, celle de la finance inclusive commence son ascension. La finance inclusive se définit par une plus grande ouverture aussi bien en termes de produits financiers offerts (au-delà du crédit, l’épargne, l’assurance, les systèmes de paiement, les transferts d’argent domestiques ou internationaux), de clientèles servies (avec une meilleure segmentation liée à une meilleure connaissance des clients et de leurs besoins) et de thématiques couvertes (au-delà de la lutte contre la pauvreté financière directe, le financement de l’agriculture / chaîne de valeur agricole pour contribuer à la sécurité alimentaire, le financement de l’entreprise, des jeunes et de l’emploi et le financement de l’environnement en lien avec le changement climatique). La plupart des bailleurs et investisseurs a d’ores et déjà défini une stratégie d’élargissement de leur visée pour le secteur financier et orientera son portefeuille vers la finance inclusive qui prendra en compte ces aspects dans leurs impacts.

Dans cet environnement en mutation, l’attitude attentiste voire frileuse de certains bailleurs de fonds et les réorganisations d’autres ont pu causer bien des difficultés au CIDR dans le financement de projets et programmes en cours. Le CIDR, fidèle à ses engagements vis à vis de ses partenaires locaux, a maintenu, dans les limites du possible et en ayant recours à ses propres ressources, ses activités d’appui sur le terrain.

Afrique de l’Est

Globalement, la sous-région se stabilise (malgré les soubresauts de la Somalie qui continue à créer des tensions avec ses pays voisins). L’existence de terres fertiles non exploitées et de savoirs faire productifs attire des investisseurs privés. Le financement de chaînes de valeur agricole est devenu un thème très porteur dont tous les acteurs publics et privés parlent, même si les expériences/réalisations sont encore limitées et buttent sur la faiblesse technique et de gestion du tissu de PME locales. Les plus grands bailleurs publics (Banque Mondiale, Gates Foundation, FIDA, AFDB, AFD, DANIDA) y ont mis en place des facilités déconcentrées visant le financement de l’agriculture avec de gros moyens, mais qui semblent avoir du mal à rencontrer une demande crédible et solvable.

Afrique de l’Ouest et Centrale

Par contre, la région d’Afrique de l’Ouest, stable pendant longtemps, est entrée dans une ère de turbulence avec des crises post-électorales violentes et/ou chaotiques : Côte d’Ivoire, Guinée Conakry et Burkina Faso en début d’année, et avec le phénomène de terrorisme qui prend de l’ampleur, surtout dans un pays comme le Mali. Dans certains pays, en plus de troubles sociaux et politiques corrélés avec une crise économique, le secteur de la microfinance connaît de sérieux problèmes de défaut de paiement entrainant des faillites en chaîne (Mali, Togo) ou des risques de surendettement (Ghana).

Les autorités de tutelle du secteur, qui ont mis en place la nouvelle loi de microfinance dans la plupart des pays, doivent maintenant l’appliquer en mettant en administration provisoire des IMF défaillantes, trouver avec les Etats les solutions d’indemnisation des déposants spoliés, fermer des entités non viables tout en encourageant des affiliations volontaires, des fusions et absorptions ainsi que les restructurations nécessaires afin de parvenir à consolider le secteur.

Publié le lundi 22 octobre 2012

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