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Rapport d’activités CIDR 2011

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2. Entreprises agricoles, filières et marché

2.1. Contexte dans les secteurs et pays d’intervention

En Afrique, on estime désormais que la production de céréales atteint quelques 16,7 millions de tonnes, soit 0,6 % de plus par rapport à l’an dernier. La production agricole a toutefois subi les conséquences des pluies tardives, des épisodes de sécheresse prolongés et d’importantes infestations parasitaires, ce qui pourrait avoir des répercussions au niveau des marchés régionaux de céréales, avec une hausse des prix et de l’insécurité alimentaire.

2.1.1. Afrique de l’Ouest

La campagne agricole 2011-12 s’est achevée avec des baisses de production céréalière, particulièrement fortes au Mali, au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire. Les niveaux de production céréalière enregistrent des déficits variant entre 15 et 52 % par rapport à 2010. Même si les récoltes sont meilleures dans les pays côtiers, comme le Togo et le Bénin, la production moyenne qui y est attendue ne suffit pas à compenser le recul de la production dans les pays du Sahel. Début 2012, les stocks paysans et communautaires sont faibles et les stocks institutionnels sont en-deçà du niveau conventionnel. Les principaux produits animaux (lait, viande et œufs) y sont en forte baisse de production.

Au Mali, la production céréalière prévisionnelle est estimée à cinq millions de tonnes. Même si le bilan céréalier laisse apparaître un excédent brut par rapport aux besoins, la production a connu une baisse de 20 % et le Gouvernement envisage de mobiliser 77 milliards de FCFA pour des actions subventionnées dans les zones les plus affectées.

Au Burkina Faso, le Gouvernement a débloqué 6 milliards de FCFA pour l’achat de céréales au profit des populations vulnérables. Afin d’améliorer la disponibilité alimentaire, il a également initié une opération pour la production de 50 000 tonnes de maïs de contre-saison, mais cette opération risque de connaître des difficultés du fait de l’insuffisance des ressources en eau.

Le Togo, le Bénin et la Côte d’Ivoire font partie des quatre seuls pays de la CEDEAO à disposer d’excédents de production et n’ont donc pas pris de mesures similaires. S’appuyant plutôt sur les bonnes campagnes agricoles de ces dernières années, le Togo et le Bénin se sont au contraire attelés à la mise en place de leurs programmes pluriannuels nationaux d’investissement agricole pour la sécurité alimentaire.

La Côte d’Ivoire ressent encore les dégâts agricoles dus au conflit de ces dernières années et au manque de services d’appui aux activités agricoles. La plupart des personnes déplacées pendant le conflit sont retournées dans leur région d’origine, suite à l’amélioration des conditions de sécurité, mais de nombreux ménages ont un accès limité à la nourriture et n’ont pu récupérer tous leurs moyens de subsistance.

2.1.2. Océan Indien

A Madagascar, une faible récolte nationale de riz en 2011 et le renchérissement de cette céréale ont aggravé la situation générale de la sécurité alimentaire. Toutefois, une meilleure production enregistrée dans les régions du Sud qui sont régulièrement déficitaires a permis d’atténuer cette dégradation.

2.2. Evolution des activités du département

Afrique de l’Ouest

L’essentiel des activités et de l’appui du CIDR a été dédié à la professionnalisation des plates-formes et à l’accompagnement des ESOP existantes Des travaux préparatoires à la constitution du fonds de Capital Risque pour l’Entreprenariat dans le Secteur Agricole en Afrique CRESA ont également été menés. La période a aussi été consacrée à la recherche et la négociation de nouveaux partenariats techniques et financiers.

a. Au niveau des producteurs et des ESOP

Les ESOP ont apporté des nouveaux appuis aux producteurs notamment en terme de structuration des groupements, au Mali par exemple où 10 coopératives de producteurs de soja ont été institutionnalisées. Des collaborations ont également été nouées afin d’assurer (i) l’approvisionnement des ESOP par de nouveaux producteurs et (ii) la fourniture d’engrais au travers de programmes d’Etat (PUASA au Bénin) et l’obtention de microcrédits (Togo).

Les avancées au niveau des ESOP ont été principalement sur les stratégies d’entreprises et de gestion : l’appui s’est porté sur un meilleur suivi des ESOP (élaboration de nouvelles procédures de gestion et de tableaux de bord), la diversification de filières (volaille, produits maraîchers, miel, riz) et la diversification de processus de transformation (système de refroidissement du soja, nouveaux mélanges de farines alimentaires, stérilisation du lait, absorption des surplus de la production hivernale). On peut noter qu’au Mali, la mise en œuvre de plan de redressement et de renforcement de certaines entreprises a permis aux ESOP de redynamiser leurs activités.

En terme commercial, le Burkina Faso, à l’instar du Togo et du Bénin, a développé un réseau de commercialisation RESOP qui a négocié un accord avec une société d’état (SONAGES) ; au Togo et Bénin, une campagne de promotion du Riz Délice a été menée avec l’élaboration d’une nouvelle identité visuelle (logo, emballage).

Au niveau financier, de nettes avancées se sont concrétisées en termes de négociation avec les IMF et dans une moindre mesure les banques : 25 millions FCFA de crédit octroyés aux ESOP au Mali, 532 millions FCFA de crédits et de garanties au Togo, 80 millions de crédits au Bénin et négociations d’avances financières auprès de clients provendiers au Burkina Faso.

b. Au niveau des plateformes

Les principales avancées ont été en termes de diversification des champs d’expertise et d’intervention, sur de nouvelles filières et produits. Des actions de formation et de conseil ont permis aux plateformes de renforcer leurs capacités d’analyse des rapports de gestion des ESOP.

Les plateformes ont renforcé leurs équipes sur le plan du management des connaissances, au Mali avec des ateliers de capitalisations et la réalisation d’une étude sur le soja comme « facteur de réduction de la pauvreté », et au Togo et Bénin avec des réunions régulières et une formation au management des connaissances, ce qui a permis l’élaboration de documents méthodologiques.

La reconnaissance par l’environnement institutionnel s’est fortement accentuée en 2011 et s’est concrétisée par des collaborations avec les ministères de l’Agriculture : préparation d’une rencontre sur le soja et d’un plan d’action national, avec en première mise en œuvre la formation des agents d’encadrement sur les techniques de production (Burkina Faso) ; collaborations sur la filière semencière (Togo). De plus, une étude sur l’alimentation des poules à base de soja torréfié a été réalisée avec l’université d’agronomie d’Abomey Calavi (Bénin).

Impact des ESOP sur les producteurs
Le CIDR et ses partenaires ont élaboré les termes de référence d’une recherche-action qui permettra dès 2012, en collaboration avec des universités, d’élaborer une méthodologie commune de mesure et de suivi des effets et impacts des ESOP sur les producteurs. Ils seront mesurés sur les plans : *- économique (augmentation et sécurisation des revenus, stratégies d’investissement) ; *- technique (mise en œuvre de nouvelles productions et techniques de productions) ; *- environnemental (impact des pratiques sur l’environnement, le patrimoine foncier) ; *- social (participation des hommes et des femmes au sein d’organisations, capacité de négociation avec différents acteurs) ; *- physique (évolution des habitudes de consommation, accès aux services publics).

L’objectif est de développer une méthodologie qui pourra : *- être maîtrisable (maîtrise d’ouvrage) par les plateformes ; *- être efficiente afin de pouvoir être appliquée à un nombre croissant d’entreprises ; *- être consolidée, afin d’analyser et de comparer les données au niveau d’un pays et au niveau régional et sur chacune des filières ; *- permettre l’amélioration des stratégies d’interventions de chacun.

Avec une démarche fortement participative entre plateformes, les constats et analyses auront vocation à être diffusés largement auprès des autres acteurs d’appuis aux filières agricoles, du « grand public », des décideurs institutionnels, de fondations privées ou de fonds d’investissements, d’ONG et réseau d’ONG, des organisations professionnelles agricoles, etc., et renforceront l’action de plaidoyer nationale et régionale des ONG.

Madagascar

Ce programme est en fin de phase. Malgré la pertinence des objectifs, confirmée fin 2010 par une évaluation commanditée par l’AFD, on peut constater des écarts entre ce qui a été réalisé et les prévisions : en fin de programme, neuf promoteurs sont appuyés (pour treize prévus) et seules deux entreprises ont des perspectives d’autonomisation immédiate dès 2012. Deux raisons majeures expliquent cette situation : *- techniques : la constitution de l’équipe de la plateforme HARDI a mis plus de temps que prévu ce qui a ralenti le rythme de création et de développement d’entreprises ; *- liées au contexte : les dernières années ont vu une dégradation profonde du contexte politique et économique du pays. Bien que les activités du secteur privé aient légèrement repris en 2011, le regain est resté timide et la situation politique du pays est restée tendue. Bien que relativement épargnés, l’agriculture et le secteur de l’alimentation ne peuvent plus compter dans ce contexte sur le pouvoir d’achat urbain, fortement dégradé, des populations locales qui pâtissent toujours de l’absence de marchés pour des produits de qualité liés à l’activité touristique.

Plusieurs points positifs sont malgré tout à tirer de cette période : *- la variété des filières concernées (artisanat, transformation de soja en yaourt, fruits frais et confiture, miel, huiles essentielles, café, etc.) ; *- le potentiel d’autres régions (Itasy) proche d’Antananarivo a pu être identifié ; *- l’équipe de la plate-forme, stable, a acquis une réelle connaissance du milieu des PME du secteur agroalimentaire et maîtrise désormais les relations entre PME- producteurs - acteurs de leur environnement, ainsi que la recherche de marchés. Cette expérience est reconnue comme une expertise de HARDI, pertinente et originale dans son environnement professionnel et institutionnel.

2.2.2. Appuyer la définition et la promotion de stratégies territoriales de développement agricole et rural

Madagascar

Le programme élaboré par le CIDR, HARDI et le Service national d’appuis aux Centres de Services Agricoles (CSA) en 2011 visait le renforcement du rôle et des capacités des CSA dans la mise en œuvre de la politique régionale de développement et de structuration des filières agricole, élevage et pêche.

Son financement est en cours de montage. Le CIDR et l’ONG malgache HARDI ont été présélectionnés pour accompagner les Comités Régionaux d’Orientation et d’Allocation des fonds de développement agricoles (CROA) et pour un appui aux centres de services agricoles dans plusieurs régions pour : *- améliorer les capacités opérationnelles et organisationnelles des CSA ; *- renforcer les processus participatifs de définition des plans de développement des districts et leur mise en cohérence avec la politique régionale, mettre en réseau les CSA ; *- mettre à leur disposition des possibilités de financement via un appui au CROA.

En cas de succès de cet appel, des premières activités seront donc menées avec les CSA ciblés dès 2012.

2.2.3. Renforcer l’implication des organisations professionnelles à vocation nationale dans le développement des filières

Deux programmes ont été mis en œuvre sur la période, au Bénin et en Côte d’Ivoire.

a. Bénin

Ce programme vise à appuyer la dynamique dans laquelle le Conseil de Concertation des Riziculteurs du Bénin (CCR-B) et ses membres se sont engagés en renforçant leur capacité à rendre des services à leurs adhérents. Elle articule des activités à très court terme pouvant avoir un impact sur la productivité et les revenus des producteurs et des mesures à court terme permettant de développer des activités de production agricole et de transformation à coûts maîtrisés. Ces impacts ont été renforcés par des actions visant à une meilleure valorisation sur les marchés nationaux de la production locale.

Toutes les activités planifiées ont été réalisées ou engagées. La création d’un fonds de garantie (120 000 €), les aménagements de 60 hectares de bas fonds, la construction de six magasins de stockage et de fournitures de matériels à 48 unions communales ont été menés à bien. Les activités d’ingénierie de formation et la mise en œuvre des plans d’affaires ont été initiées et s’achèveront en 2012.

Le programme a permis de démontrer que le CCR-B et ses membres sont en mesure de contribuer fortement à la mise en place de systèmes durables d’approvisionnement en intrants, de collecte et de transformation et de commercialisation du paddy.

Conformément à ses objectifs, le programme a fortement contribué à placer le CCR-B et ses membres comme des acteurs incontournables pour le développement de la filière riz au Bénin, tant aux niveaux national que régional et local : ils ont ainsi été le principal interlocuteur de l’Etat dans la distribution d’intrants aux riziculteurs, dans la mise en place de réseaux de producteurs de semences et, avec la PNOPPA, dans l’élaboration du partenariat pluriannuel Banque Mondiale/Etat Béninois.

Organisation de la première « Journée nationale du riz du Bénin »
Cet évènement, une première au Bénin, a fédéré l’ensemble des organisations de riziculteurs ainsi que les projets, administrations et institutions soutenant la filière : plus de 250 personnes venues de tout le pays ont débattu à Cotonou de l’avenir de la filière riz. Il a été accompagné pendant deux jours d’une foire exposition. Ses objectifs, doubles, ont été atteints.

La journée nationale du riz a été organisée autour de trois temps forts : le premier piloté par le CCR-B « Défis, enjeux, perspectives et place du CCR-B dans la stratégie nationale de développement rural » a permis de présenter les services économiques que le CCR-B développe au profit de ses membres et de le positionner comme interlocuteur institutionnel et technique stratégique de la filière. Elle a significativement renforcé sa force de négociation vis-à-vis de ses partenaires institutionnels (MAEP) et financiers. Les thèmes suivants portaient sur le positionnement des acteurs et du riz local face aux importations, et l’opportunité ou non de développer une interprofession au sein de la filière riz. Ces échanges ont permis aux acteurs présents d’échanger sur la situation actuelle de la filière et de faire des propositions pour sa dynamisation.

Le film de promotion des activités du CCR-B et de ses membres, « Riz du Bénin, riz de demain » et réalisé en 2011, a été projeté en avant-première lors de l’évènement.

La foire rizicole organisée en parallèle a montré aux consommateurs urbains le fruit des efforts fournis par les acteurs de la filière riz pour mettre sur le marché du riz local d’un bon rapport qualité/prix et compétitif face aux importations.

Les deux évènements ont été largement amplifiés par les médias locaux et il semble acquis qu’ils seront reconduits chaque année avec un support et une implication plus forte des Institutions de l’Etat.

b. Côte d’Ivoire

L’année a été consacrée à une analyse du contexte postélectoral et de l’évolution du positionnement des acteurs sur la filière riz. Cette étude et de nombreuses rencontres avec les acteurs représentatifs de la filière ont permis la reformulation des modalités de partenariats du projet.

2011 a aussi permis de mener des actions pour un démarrage opérationnel des activités dès la reconnaissance juridique de la faîtière acquise : rédaction des profils de postes à pourvoir, notes méthodologiques sur la mise en place du fonds de soutien, méthodes de diagnostic des CODERIZ, planification technique et financière des activités, etc.

2.2.4. Développer un modèle organisationnel du département qui tienne compte de la diversification de ses approches

Sans perdre de vue ses priorités, le département a dû s’adapter aux évolutions et retards dans la mise en œuvre des programmes prévus. Des échanges réguliers sur les activités, des ateliers de travaux communs et une plus grande implication des conseillers techniques dans les travaux du département ont permis de fédérer les équipes du département.

2011 a vu également se concrétiser quelques avancées en termes de recherche et mise en œuvre de nouveaux partenariats : des contacts ont été pris entre autres en Côte d’Ivoire auprès de sociétés internationales (opérateurs de téléphonie notamment) ; en termes de développement des politiques de RSE de même qu’auprès de certaines fondations privées d’entreprises (Seed Foundation du groupe Pierson export par exemple) ou philanthropiques mais particulièrement axées sur le développement de l’entrepreneuriat (AGRA et son département « Market Access »).

Le département a pu aussi intéresser à sa démarche des organisations françaises s’appuyant sur des producteurs agricoles, ce qui a abouti à la signature d’un partenariat de quatre années avec ACCIR en Champagne Ardennes (financée par le reversement par leur coopérative d’1/1000ème de leur chiffre d’affaires) et à une première visite d’échanges avec le Centre Français du Riz et le syndicat français des riziculteurs en Camargue.

Documents joints

Publié le lundi 1er octobre 2012

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