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Rapport d’activités CIDR 2011

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3. Microfinance, entreprises et création d’emplois

3.1. Contexte dans les secteurs et pays d’intervention

Le secteur de la microfinance a connu une année particulièrement perturbée en 2011. Les différentes crises (Inde, Bangladesh, Maroc, Bosnie et Nicaragua), souvent dues à des croissances de portefeuille de crédits spectaculaires mal maîtrisées, entraînant emprunts multiples chez des clients vulnérables et aboutissant à des situations de surendettement, surtout en zones urbaines, ont fini par ternir l’image très positive du microcrédit, panacée de lutte contre la pauvreté. La difficulté à prouver l’impact positif sur les clients fragilise encore davantage le secteur.

Les investisseurs, anticipant les défauts de paiements et de potentielles faillites, sont réservés. Les bailleurs diminuent leur contribution au secteur, ce qui se répercute sur les IMF qui voient la qualité de leur portefeuille se dégrader ou, dans le meilleur des cas, une stagnation voire une récession.

Si l’étoile du microcrédit se ternit, celle de la finance inclusive commence son ascension. La finance inclusive se définit par une plus grande ouverture aussi bien en termes de produits financiers offerts (au-delà du crédit), de clientèles servies (avec une meilleure segmentation liée à une meilleure connaissance des clients et de leurs besoins) et de thématiques couvertes (le financement de l’agriculture/chaîne de valeur agricole pour contribuer à la sécurité alimentaire, le financement des entreprises, des jeunes et de l’emploi et le financement de l’environnement). Les bailleurs et investisseurs ont pour la plupart d’ores et déjà défini une stratégie d’élargissement de leur visée pour le secteur financier et orienteront leurs portefeuilles vers la finance inclusive qui prendra en compte ces aspects dans leurs impacts.

3.1.1. Région Afrique de l’Est

Globalement, la sous-région se stabilise (malgré les soubresauts de la Somalie qui continuent à créer des tensions avec les pays voisins). L’existence de terres fertiles non exploitées et de savoir-faire productifs attirent des investisseurs privés. Le financement de chaînes de valeur agricoles est devenu un thème très porteur dont tous les acteurs publics et privés parlent, même si les expériences/réalisations sont encore limitées et buttent sur la faiblesse technique et de gestion du tissu de PME locales. Les plus grands bailleurs publics (Banque Mondiale, Gates Foundation, FIDA, AFDB, AFD, DANIDA) ont mis en place des facilités déconcentrées visant le financement de l’agriculture avec de gros moyens mais qui semblent avoir du mal à rencontrer une demande crédible et solvable.

3.1.2. Région Afrique de l’Ouest et centrale

Dans certains pays, en plus de troubles sociaux et politiques notamment liés aux crises post-électorales, corrélées avec une crise économique, le secteur de la microfinance connaît de sérieux problèmes de défaut de paiement entraînant des faillites en chaîne (Mali, Togo) ou de risque de surendettement (Ghana).

Les autorités de tutelle du secteur, qui ont mis en place la nouvelle loi de microfinance dans la plupart des pays, doivent maintenant l’appliquer en mettant en administration provisoire des IMF défaillantes, trouver avec les Etats les solutions d’indemnisation des déposants spoliés, fermer les entités non viables tout en encourageant des affiliations volontaires, des fusions et absorptions ainsi que les restructurations nécessaires afin de parvenir à consolider le secteur.

3.2. Evolution des activités du département

3.2.1. Accompagner la consolidation et la transformation des IMF existantes en particulier celles qui interviennent en zones rurales

Cinq programmes sont inscrits dans cet axe stratégique et ont mené des activités significatives en 2011 auprès d’une dizaine d’IMF de toutes tailles et degrés de maturité.

a. Afrique de l’Ouest

Cameroun ICS Grand Nord

Le programme a pu vérifier la pertinence de son offre de services financiers auprès des femmes du Grand Nord et de leurs groupes de solidarité. En 2011, un double mouvement a été mis en œuvre pour, d’une part, densifier la portée dans les deux agences existantes de Maroua et Garoua et, d’autre part, étendre ces services dans une ville secondaire voisine, N’Gaoundéré, de plus de 300 000 habitants, très dynamique sur le plan commercial.

Pour la première fois, le programme a obtenu un refinancement bancaire de la BICEC, grâce à l’intermédiation de l’UCGN (Etablissement de Microfinance (EMF) frère, promu à l’origine par le CIDR et l’ONG camerounaise MIFED), ce qui lui a permis d’accroître ses ressources pour faire face à la demande croissante.

Un plan d’affaires a été développé en fin d’année, servant de support à la constitution d’un dossier de demande d’agrément auprès de la COBAC pour l’obtention d’une licence pour un EMF de catégorie 2, qui sera déposé début 2012.

A cet effet, une société anonyme sera créée avec pour actionnaires fondateurs et de référence le CIDR et MIFED Cameroun. Les bailleurs ont accepté d’attribuer les biens du programme à la constitution du patrimoine de cette SA, à raison de 50 % pour chacun des co-promoteurs. Un pacte d’actionnaires sera défini pour statuer sur le devenir des parts de la société, CIDR s’engageant de se retirer au bénéfice des clientes dès que celles-ci seront capables de participer valablement à la gouvernance de l’EMF.

Cameroun Appui à deux EMF urbains pour leur extension en zone rurale

Deux EMF urbains, Alpha Fund et CEC Cameroun, ont été appuyés dans l’audit de leurs portefeuilles de crédit, visant à diagnostiquer les faiblesses affectant leur performance, puis dans la mise en place de nouvelles procédures d’octroi et de gestion de crédit, mieux alignées aux bonnes pratiques du secteur. Ce faisant, les EMF ont été aidés dans l’amélioration de leur SIG et dans leur politique comptable et financière, notamment en matière de provisionnement et de suivi des règles prudentielles exigées par la COBAC.

En fin d’année, un bilan a été dressé de l’état de collaboration avec les deux EMF et a conclu à l’arrêt avec l’un, Alpha Fund, notamment en raison de performances insuffisantes, et de poursuite avec l’autre, CEC Cameroun. L’intensification de l’appui a été décidé, aussi bien dans la réforme de son système que dans l’accompagnement à son extension dans des zones rurales dans les provinces du Littoral et du Sud.

b. Afrique Centrale

Le programme UCEC Nord Guéra au Tchad a su restructurer le réseau de distribution, accompagner la croissance des activités et développer de nouveaux produits. Une évaluation externe a incité le gouvernement tchadien à reconduire le CIDR dans ses fonctions d’accompagnement.

Consolidation et diversification de produits et de clientèle à l’UCEC-G au Tchad
Avec un don du FIDA, le programme a pu utiliser pleinement la phase transitoire entre la fin du PSANG II et le démarrage du PADER-G (lancement prévu au premier trimestre 2012) pour restructurer le réseau de distribution, pour accompagner la croissance des activités par des opérations de refinancement (grâce à des dotations en fonds propres sur financement PSANG) et par le développement de nouveaux produits d’épargne et de crédit.

Trois pilotes ont été mis en œuvre pour tester un produit d’épargne tontinier à échéances régulières et montant abordable pour encourager les pratiques de micro-épargne : un produit de crédit « warrantage » avec nantissement de stock, testé pour des arachides (femmes) et des pois de terre (hommes) et un produit de crédit solidaire pour des groupes de femmes, surtout dans les caisses urbaines. Un bilan a été fait après un an et a montré des résultats encourageants. Ces nouveaux produits ont contribué à accroître la portée des caisses, à diversifier la clientèle et, avec l’épargne, à lancer une dynamique de mobilisation des ressources locales.

Une évaluation externe commanditée par le FIDA et le gouvernement tchadien a été réalisée par le Centre d’Investissement de la FAO. Elle a constaté que le programme a atteint et souvent dépassé tous les objectifs fixés, tant sur un plan quantitatif que qualitatif.

En conséquence, le FIDA et le gouvernement tchadien ont décidé de reconduire le CIDR comme opérateur technique dans le cadre du nouveau projet PADER-G, pour mener la composante « accès aux services financiers » et accompagner le réseau UCEC-G à sa totale autonomie et pérennité.

c. Afrique de l’Est et Océan Indien

En Ethiopie, la National Bank of Ethiopia (NBE), banque centrale et tutelle des IMF, a approuvé la transformation des « Rural Saving and Credit Facility » (RSCF) en guichets ruraux, modèle efficace, favorisant la pénétration en zones rurales reculées.

Le programme a ainsi appuyé les 4 IMF partenaires dans leurs activités de transformation de leurs réseaux de RSCF en guichets, avec toutes les implications organisationnelles (RH, procédures) légales et administratives (transferts des actifs et des passifs des RSCF dans les comptes des IMF).

A Madagascar, le Centre de ressources lancé en 2010 a pu réaliser des formations auprès des personnels des cinq IMF appuyées, notamment pour la mise à niveau sur un plan comptable et d’établissement des états financiers selon les normes exigées par la CSBF. Il a aussi réalisé des audits de portefeuille sur le terrain.

En parallèle, des sensibilisations ont été faites pour amener les IMF à accepter de mettre en commun certaines fonctions pointues et coûteuses, nécessitant du personnel qualifié que chacune ne pourra pas prendre en charge (Système d’Information et de Gestion SIG automatisé et contrôle/inspection). Une mission d’expertise en analyse des besoins en SIG a donc été organisée et a permis de définir un cahier des charges. Loan Performer a été choisi et sera installé en pilote dans deux IMF. A la fin de l’année 2011, il faut toutefois noter que la situation des IMF reste fragile, en particulier celle de SOAHITA qui a connu beaucoup de difficultés.

3.2.2. Renforcer les capacités des IMF partenaires à diversifier leurs produits et leurs clientèles et à adopter les nouvelles technologies

a. Diversification de produits et de clientèles

Les deux projets où cette diversification a eu lieu sont le Tchad Nord Guéra et l’Ethiopie.

Au Tchad, trois pilotes ont été mis en œuvre pour tester un produit d’épargne tontinier à échéances régulières et montant abordable pour encourager les pratiques de micro-épargne.

En Ethiopie, un test de financement de la chaine de valeur « orge de brasserie » a été réalisé avec des producteurs organisés d’une part, une entreprise semencière d’autre part et la brasserie nationale enfin, qui voulait assurer son approvisionnement, comme garant auprès des IMF participantes. Si l’opération réussit, elle serait très prometteuse car la filière est très rentable et les producteurs très intéressés.

b. Etudes de faisabilité et études de marché

Plusieurs études ont été réalisées, visant à mieux connaître de nouveaux segments de clientèles ou de nouvelles filières agricoles et leurs besoins de financement : *- au Togo, deux études de faisabilité pour le financement des filières du soja et du riz ; *- en Tanzanie, des études sur les filières de la canne à sucre et du vin de table ; *- au Ghana, le fonds a étudié plusieurs filières prometteuses telles que l’hévéa, les agrumes et le cacao biologique.

Plusieurs projets ont aussi exploré le marché du financement de TPE (ICS Maroua et Garoua) dans la perspective d’accompagnement de clientes plus entreprenantes qui évolueraient vers du crédit individuel ou de PME (PRIDE Tanzanie) en amont ou aval de chaînes de valeur agricoles, surtout pour les filières diffuses et moins solidement structurées (riz, tournesol, lait).

Un bon traitement de ces études permettra de définir les nouveaux marchés à servir et les produits financiers adaptés à mettre en place.

Il est à noter que le programme au Togo, d’appui à 2 IMF, WAGES et FECECAV, pour favoriser leur extension en zones rurales, arrivé au terme de sa 1ère phase a dû être clôturé, le bailleur principal ayant préféré apporter son soutien et ses investissements directement aux IMF jugées suffisamment matures.

3.2.3. Appuyer les IMF partenaires dans l’installation de guichets de financement pour le développement d’entreprises créatrices d’emplois

Les deux partenaires qui pourraient le plus rapidement installer un guichet de financement d’entreprises sont (i) ICS Cameroun, du fait de la demande croissante de femmes entreprenantes voulant accéder à des crédits individuels (hors de leur groupe de solidarité), de plus gros montants et de durée plus longue aussi, et (ii) PRIDE Tanzanie RFW, qui considère que le financement de PME en aval de filières diffuses et moins bien structurées est une façon plus sécurisée de s’ouvrir à un marché plus vaste de chaînes de valeur agricoles.

Au Ghana, OVCF a inclus le financement à moyen terme de PME agroalimentaires dans son portefeuille de prospect. Deux types de PME ont été identifiés : les PME agro-industrielles qui produisent et transforment, comme dans la filière de l’hévéa (mais qui achètent aussi auprès de petits planteurs périphériques), et les PME de transformation comme Fruitiland qui fabrique des jus d’agrume pour l’export, à partir d’un approvisionnement local auprès de petits et moyens producteurs. Les conditions de financements vont différer lorsqu’il s’agit de groupes de producteurs ou de PME. OVCF veillera à ce que les banques aient des produits et du personnel dédié pour servir les PME de façon adaptée. L’emploi créé ou maintenu dans ces PME sera également suivi.

En fin d’année, une étude de faisabilité a été conduite en Côte d’Ivoire, visant à identifier une IMF partenaire, la demande en financement des PME agroalimentaires et la rentabilité de ce marché, à court et moyen terme. Le but est de formuler un nouveau projet dédié au financement de PME agroalimentaire dans ce pays très entreprenant d’ici fin 2012.

3.2.4. Promouvoir des innovations financières par le développement de produits et services à forte valeur ajoutée sociale et environnementale en contribuant à l’atteinte des ODM

En 2011, deux évaluations de performance sociale d’IMF partenaires ont été accompagnées par le département qui y a dépêché une chargée d’étude : WPS au Kenya et ICS Cameroun à Maroua et Garoua.

Les résultats de ces évaluations démontrent que les projets ou institutions de microfinance appuyées par le CIDR ont souvent les mêmes forces (le ciblage des pauvres et des exclus) mais aussi des efforts à faire pour diversifier leurs produits et services et pour renforcer les capacités du personnel (qui dépend beaucoup du SIG et de la méthodologie plus ou moins participative employée). Le POS du département a prévu d’y pallier.

3.2.5. Mettre en place une nouvelle organisation en cohérence avec le nouveau modèle économique du département

Le modèle économique du département sera significativement déterminé par la mise en place de coordinations régionales et par un partenariat étroit avec des organisations du Sud, dans le cadre du partenariat TRIAD.

La création de la coordination régionale correspond à une volonté du département et du CIDR de décentraliser les responsabilités et les lieux de prise de décision au plus près des partenaires locaux et de leurs besoins, au plus près des décideurs politiques publics sectoriels et transversaux et au plus près des sources de financement, de façon à être agile et réactif dans la formulation de réponses adaptées et dans leurs mises en œuvre sur le terrain, en fonction d’opportunités. Un travail approfondi a été effectué en concertation entre le siège et le terrain en 2011. Les grandes lignes suivantes ont pu être dégagées.

Dans le cadre de MECE et de l’Afrique de l’Est, la coordination régionale dispose d’un coordinateur qui développe, gère et évalue un portefeuille de projets et programmes pays qui sont sous sa responsabilité. En l’occurrence, celle de l’Afrique de l’Est couvrira dans un premier temps cinq pays : Ethiopie, Kenya, Madagascar, Tanzanie et Rwanda, auquel le Mozambique ou le Malawi pourrait se joindre. Un ou plusieurs experts régionaux feront partie de cette équipe régionale qui a pour vocation d’apporter une expertise court terme, à des programmes n’en nécessitant pas davantage du fait de la maturité du secteur (Kenya par exemple) ou des partenaires (PRIDE Tanzanie par exemple), et d’apporter un appui technique et un suivi méthodologique à des conseillers techniques pays, qui sont affectés à des projets et programmes pays, là où le besoin d’appui plus intensif se fait ressentir (Madagascar Centre de Ressource, Ethiopie réplication de RSCF, Rwanda appui aux SACCO, par exemple).

Un plan d’affaires a été développé. Il montre qu’un équilibre des comptes peut être rapidement atteint.

Un partenariat avec Basix India et PAMIGA s’est développé en 2011 avec le démarrage du programme Microlead 1 en Ethiopie. Il s’est poursuivi et approfondi avec la participation des conseillers techniques régionaux seniors à des missions de formulation de propositions pour MICROLEAD 2, notamment au Rwanda, en Tanzanie et au Ghana. Au niveau du siège un partenariat stratégique a été initié avec pour objectif la promotion des « moyens d’existence » (livelihood promotion) dans le cadre d’une coopération Sud-Nord-Sud. (cf. partenariats et alliances).

Documents joints

Publié le lundi 1er octobre 2012

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